Résumé original Original abstract
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Au Québec, la protection des paysages est souvent invoquée dans le cadre de politiques gouvernementales de conservation des territoires. Mais cette demande ne rétablit pas les communautés au centre de la définition du statut des territoires. Cette communication désire montrer l'articulation récente des politiques environnementales québécoises avec le sens du paysage pour les milieux locaux. Quelles tensions entraînent différentes définitions du paysage? Quels changements amènent la reconnaissance d'un paysage dans les rapports au territoire naturel et dans son statut? Pour discuter cette problématique, l'analyse s'appuiera sur un exemple ethnographique de la côte nord du Québec.
La chute Vauréal, à l'île d'Antiscoti, a fait l'objet dans les années 1990 d'une mobilisation des groupes environnementaux autour de sa valeur écologique et esthétique. Ces aspects étaient déjà reconnus depuis plus d'un siècle dans les milieux scientifiques et chez les touristes, qui considéraient la Vauréal comme un paysage exceptionnel et un haut-lieu de la région. Cependant, les réclamations du mouvement écologiste visaient maintenant à protéger le site face au risque de perte que représentait l'annonce de coupes forestières sur Anticosti. Ces démarches ont amené l'État à donner au site le statut de Parc provincial de conservation en 2002. La création du Parc a cependant entraîné des conflits locaux. Les insulaires auraient préféré voir protégés des sites connotés d'une appartenance plus forte pour la communauté. Ils ont mis de l'avant des lieux liés à des valeurs historiques et identitaires. Mais une fois cette reconnaissance consacrée par l'État dans une version agrandie du Parc, les modalités légales de protection ont coupé le libre accès au territoire traditionnel. D'une part, des contraintes existent maintenant pour visiter le Parc. D'autre part, la gestion du Parc de conservation est passée à des instances extérieures. En conférant aux paysages anticostiens un statut de "patrimoine naturel", les sites ont quitté le milieu local pour passer à un espace national, voire marchand. Pour ces raisons, la reconnaissance des paysages anticostiens par le statut de Parc de conservation a davantage mené à un sentiment de dépossession dans la communauté. D'autres exemples permettraient de se questionner davantage sur la construction du paysage lorsqu'il apparaît au coeur des enjeux de conservation. Mais il demeure certainement encore une question qui se joue dans un horizon différent de celui des communautés locales et de leurs intérêts.
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