Résumé original Original abstract
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La convention européenne du paysage précise dans le premier alinéa de son article 1 : "Paysage" désigne une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l'action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations. Le concept de paysage repose en effet sur une double interaction : il passe d'une part selon les écoles du statut d'objet matériel à celui de construction mentale ; il fait d'autre part appel à deux univers de représentations, celui de la vision naturelle tangentielle (le territoire tel que perçu par les populations) et celui de la projection cartographique. La première relation est assez largement admise, les deux acceptions n'étant pas incompatibles ; la directive mentionne ainsi des facteurs matériels et/ou humains. La seconde est beaucoup plus rarement considérée, à la fois dans la recherche et dans la doctrine aménagiste, elle introduit pourtant un formidable hiatus dans les démarches participatives en aménagement territorial. La planification urbaine fait en effet appel à deux topologies de référence dont l'une est celle du zonage et de la décision et l'autre celle du vécu, la première s'imposant à la seconde. Ce double référencement peut se traduire par un dialogue de sourds entre la sphère technicienne et l'opinion à l'occasion des consultations publiques. La très large diffusion actuelle des systèmes d'information géographique améliore considérablement les capacités d'analyses territoriales, elle a pourtant pour effet de renforcer le poids des représentations cartographiques (projectionnelles) et de creuser le fossé entre espace de la quotidienneté et espace de projet alors que les textes récents insistent tous sur la nécessité de traiter la question paysagère et de favoriser la concertation. Il ne s'agit pas pour nous de remettre en cause le développement des SIG, nous les utilisons largement, mais de montrer que leur pratique doit être accompagnée d'une réflexion sur leurs effets territoriaux. Les outils d'analyse spatiale autorisent le basculement d'un référencement à l'autre, la cartographie de l'intervisibilité traduisant en projection les profondeurs de vues. Pourtant les documents produits sont souvent difficiles d'accès et ne se prêtent à une démarche de médiation qu'au prix d'une pédagogie patiente. La méfiance devant ces paysages mis en équation, tout comme l'adhésion sans procès à leur aspect magique, laissent le chercheur-expert dans une situation d'insatisfaction et dans la difficulté à réarticuler ces documents au paysage vécu des riverains. Nous proposons de contribuer à la réflexion sur la place du paysage dans les politiques publiques urbaines à travers une série d'expériences conduites dans le nord-est de la France et plus particulièrement dans le Pays de Montbéliard. Impliqués dans plusieurs projets d'aménagement et d'urbanisme, nous avons successivement fait appel à la cartographie puis à la photographie pour les bilans prévus par la procédure. Les réactions et l'interactivité suscitées par les différents supports de concertation nous conduisent à proposer l'esquisse d'un protocole permettant de formaliser la relation dialectique entre espace de projet et espace vécu, entre matériel et idéel. La démarche favorise la concertation et va dans le sens d'une décentralisation plus authentique puisque c'est alors le matériel paysager local qui produit le projet, le paysage devenant outil du développement urbain.
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