Résumé original Original abstract
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Entre une vision idéalisée, celle d'un Derain peignant les rivages de l'Estaque, et une vision dramatisée, celle des versants incendiés des Maures, la perception du paysage forestier méditerranéen n'échappe que difficilement à la démesure. Le paysage forestier méditerranéen est " trop " : trop sec, trop rocailleux, trop clair... Une telle perception, à ce point contrastée, conduit à s'interroger sur la possibilité même de l'existence d'un paysage forestier méditerranéen. L'étude exhaustive de deux revues forestières nationale et régionale que sont la Revue Forestière Française et Forêt Méditerranéenne ainsi que d'un quotidien local, la Provence, témoigne du fait que la Méditerranée est généralement perçue comme un espace non forestier. Plus encore, les boisements que l'on y rencontre ne sont envisagés que de manière négative ou excessive : faible productivité, vulnérabilité à l'incendie sont les maîtres mots de ces textes. Cette approche est non seulement répandue dans l'opinion publique (cf la Provence), mais aussi, de manière peut être plus étonnante, parmi les gestionnaires forestiers.
Absence de prise en compte des spécificités méditerranéennes et incertitudes relatives à l'approche paysagère conduisent à s'interroger sur la possibilité même d'une gestion paysagère de la forêt méditerranéenne qui par bien des aspects relève du paradoxe. P. Quézel et F Médail expriment cette contradiction à propos de la hêtraie de la Sainte-Beaume : " Il est en effet évident qu'un forestier ou un botaniste d'Europe du Nord parachuté en forêt de la Sainte-Beaume par exemple, a du mal à se croire en région méditerranéenne ". Or, toujours selon ces auteurs il s'agit bien d'une forêt méditerranéenne car " la dégradation de la forêt conduit à des formations de plus en plus clairsemées de pin sylvestre dans une de ses variétés méditerranéennes ". Autrement dit, la forêt ne devient méditerranéenne que lorsqu'elle est claire et " dégradée ". Dans ces conditions, un paysage forestier méditerranéen ne relève t'il pas tout simplement de la chimère ? Les espaces forestiers (ou sub-forestiers méditerranéens), souvent perçus à travers le prisme déformant de la dégradation ne possèdent plus les caractéristiques essentielles qui font qu'au nord de la France comme au nord de l'Europe, forêt, nature et paysage sont souvent associés. Dans ce contexte, on peut noter les ambiguïtés des politiques de paysage entreprises en région méditerranéenne. Si un inventaire législatif régional illustre la multiplicité des politiques environnementales, il témoigne de la quasi absence d'une politique du paysage cohérente intégrant la forêt, et plus encore d'actions spécifiquement paysagères en zone forestière. En revanche l'apparition en filigrane de la question paysagère au coeur de ces politiques et des espaces qu'elles affectent laisse à penser qu'il constitue bien un outil à privilégier. Compris par l'opinion publique, intégrant problématiques environnementales et économiques, le paysage fait figure d'outil potentiel pour l'aménagement forestier et plus encore pour l'intégration des forêts méditerranéennes au coeur du territoire régional.
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