Résumé original Original abstract
|
La notion de développement durable fait référence à l`équité ; équité dans le temps, entre générations, équité dans l`espace aussi. La prise en compte de cette dimension spatiale de l`équité est souvent présentée à travers le slogan « agir local, penser global », or les fréquentes contradictions entre les enjeux locaux et globaux du développement durable ne sauraient se résumer à cette schématisation univoque. Les phénomènes spatiaux et les méthodes permettant de les appréhender interviennent à différentes échelles dont l`emboîtement ne se résume pas à un simple effet de zoom. Il existe des seuils de basculement, des ruptures au niveau desquels les effets d`une même politique publique peuvent s`inverser. A cet égard, l`exemple de l`impact indirect des infrastructures linéaires sur les paysages est révélateur. De surcroît, cette étude réalisée dans le cadre d`un contrat avec la société concessionnaire de l`infrastructure montre que ces préoccupations correspondent à une demande sociale très actuelle. Les paysages ruraux traversés par la liaison autoroutière Bordeaux-Lyon (A89) ont été en grande partie structurés par l`histoire de la propriété foncière (vignobles du Nord-Gironde, coteaux du Terrassonnais, prairies du Puy de Dôme). L`autoroute est venue couper ces organisations sur la base d`enjeux définis à des échelles plus globales. Les logiques de production de ces paysages ont été perturbées par l`infrastructure et le maître d`ouvrage a été tenu de rétablir les connexions interrompues et d`organiser, à la demande des collectivités locales, une restructuration foncière. Cette déstructuration/restructuration se traduit à son tour par une modification des paysages qui se répète de commune en commune. La somme de ces phénomènes observés à l`échelle locale produit en définitive une nouvelle structuration des territoires à l`échelle régionale ou inter-régionale, celle-là même qui a justifié le projet.
Cet exemple entend montrer comment une approche multiscalaire de l`équité spatiale s`articule particulièrement à la philosophie générale du développement durable, auquel elle peut par ailleurs apporter une dimension méthodologique appréciable. Dans cette perspective, le paysage apparaît comme un indicateur particulièrement opératoire du développement local. Dépassant la dimension temporelle induite par la notion de durabilité, c`est aussi vers un rééquilibrage spatial que pourrait conduire le développement durable. L`échelon local, qui a souvent fait les frais des modes de gestion territoriaux, ignoré ou éclaté par une transmission des décisions venues d`en haut, pourrait être appréhendé sur la base d`entités fonctionnelles que révèlent l`analyse des relations entre environnement et paysages. « Agir local et penser global », la formule est intéressante mais doit-elle dispenser de penser local, de penser multiscalaire ?
|